Sur la glace

Mon billet précédent aura bientôt 4 mois, et je sens de la pression pour écrire ce nouveau billet. Des membres de ma famille m’ont souligné récemment que j’avais abandonné mon carnet. En réalité, j’ai beaucoup de choses à dire sur ce premier hiver à vélo. Ayant décidé de me concentrer sur un projet d’entreprise avec un ami, le carnet a pris le bord, comme on dit.

À la fin octobre, la grande majorité des cyclistes avait déjà disparu des rues, la température atteignant presque le point de congélation. Je constate que le nombre de cyclistes que je croise n’a pas diminué entre octobre et février.

Jusqu’à environ -5 Celcius, je porte des jeans, un polar et un coupe-vent, une tuque mince, et des petites mitaines à trois doigts. S’il pleut, j’enfile un pantalon de pluie, et les mitaines sont insuffisantes. Je gèle facilement des doigts, alors je préfère des grosses mitaines.

À la même température, parfois j’ai chaud aux mains, parfois j’ai froid. Je n’ai pas compris pourquoi. Ça ne semble pas lié à l’effort physique. Peut-être que c’est le vent? peut-être que c’est ma température corporelle au départ? Comme ça me prend habituellement 20 minutes me rendre au travail, je n’ai pas vraiment le temps d’avoir mal. Dès que j’ai mes grosses mitaines, je peux facilement me réchauffer le pouce en le joignant aux autres doigts pendant 2 minutes. Avec des gants, c’est plus difficile à faire et je dois m’arrêter pour faire un poing ou étendre mes doigts. L’hiver prochain, je vais peut-être me fabriquer un coupe-vent sur le guidon, pour protéger mes mains.

Quand je vais au centre-ville, je dois barrer mon vélo à l’extérieur, et je peux parfois me geler les doigts rapidement si je manipule la clef du cadenas à mains nues. D’ailleurs, cette clef est en train de casser, parce qu’avec mes mitaines, je manipule le cadenas en U pendant que la clef est dedans et je ne m’apperçoit pas que j’appuie dessus. Il faudrait que j’en fasse une copie! Je peux aussi me geler les doigts quand je barre mon vélo à l’intérieur, mais que je manipule mon cadenas congelé à main nues.

J’aime bien ce cadenas, et il fonctionne très bien depuis que j’ai huilé le barrillet. Ce qui fonctionne moins bien, c’est le câble flexible que je traîne avec moi, enroulé autour du cadenas en U. Ce câble possède une gaine en plastique flexible à température normale, mais qui devient très raide à -20 Celcius. Ça peut être fatiguant à utiliser, et à bien y penser, je ne devrais pas avoir peur du vol à -20…

À cette température, je dois mettre mes pantalons de pluie. Sous -20 Celcius, j’envisage ajouter un pantalon de polar, car mes genous ont froid et j’ai peur que ça me blesse, à la longue. Sous -5, je porte toujours des lunettes de ski, pour protéger mes yeux et une partie de mon visage. Le reste est protégé par un foulard en laine polaire. Au-dessus de -10 Celcius, je le porte sur le menton, et je le porte par-dessus la bouche en-dessous de cette température. J’avais acheté un masque troué avec une forme pour le nez, mais j’ai de la misère à respirer avec et comme je dois mettre les lunettes de ski par-dessus, ma respiration s’infiltre dans les lunettes et crée de la buée.

Sur la route, je suis bien visible. J’ai un clignotant arrière, mais surtout, des bretelles réfléchissantes. Je m’étais aussi acheté une veste réfléchissante pour vélo, mais elle était difficile à enfiler. À l’avant, j’ai un clignotant blanc à 5 DEL.

Comme l’été, je roule à 1,5 mètre des voitures stationnées, en ligne la plus droite possible. Si je peux circuler près du trottoir, je le fais à 1 mètre de celui-ci, et dès que je vois un obstacle, 20 à 30 mètres avant, je me déplace vers la gauche dès que possible pour prendre ma place dans la file de voitures. En me positionnant ainsi, j’empêche qu’un automobiliste me dépasse au moment où j’évite l’obstacle.

Si, inversement, je circule à gauche de voitures stationnées et que je rencontre une intersection où il n’y a plus de voitures, je continue habituellement sur une ligne droite pour ne pas avoir à me ré-insérer dangereusement dans la file de voiture après l’intersection. Parfois je dévie un peu vers la droite pour qu’on puisse me dépasser quand je me sens en sécurité, mais souvent je ne me tasse pas pour permettre à quelqu’un d’éviter par la droite un automobiliste qui vire à gauche.

Tout ça, ce n’est rien de spécifique à l’hiver, mais comme on me parle toujours de sécurité quand je parle de vélo l’hiver, ça reste dans le sujet. C’est certain que pour braver l’hiver, il faut avoir bravé l’été.

L’hiver change quand-même un peu ma conduite. L’automne dernier, nous avons eu droit à de la neige, puis de la pluie verglaçante qui a créé des plaques de glaces très épaisses. Rouler sur la glace avec mes pneus à clous n’est pas un problème, mais je ne veux pas rouler à l’intersection de l’asphalte et d’une croûte de 6 cm de glace! Mon pneu ne peut pas tenir en place et je risque de me casser la figure.

Les plaques de glace ont persité pendant un mois ou deux, mais elles se situaient dans la voie où les voitures se stationnent. En période de pointe, le stationnement est interdit d’un côté, le même que j’emprunte. Normalement, je roulerais dans cet espace, mais avec cette glace très inégale, j’ai dû rouler dans la voie de gauche, dans la file de voitures. Souvent, j’avais assez d’espace pour laisser les voitures me dépasser.

Dans les petites rues nord-sud, par contre, je ne laisse pas de place aux dépassements. Ce sont des sens-unique avec des voitures stationnées des deux côtés, et une seule voie libre pour circuler. Quand j’entends une voiture derrière moi, j’attends qu’elle soit à quelques mètres de moi avant de décider si je me tasse un peu pour la laisser passer tranquillement. Si je suis loin d’un feu de circulation, que je le vois tourner au vert, et qu’une voiture me suit, je m’arrête complètement sur le côté pour la laisser passer, par gentillesse. Autrement, en traversant l’intersection je me tasse à droite et je donne du temps aux voitures qui me suivaient pour passer devant moi.

Je suis étonné d’avoir reçu très peu de coups de klaxon pendant l’hiver. L’été, même si j’ai le même comportement, je reçoit un coup ou deux par semaine. J’aimerais bien comprendre.

Une différence importante entre l’été et l’hiver est la vitesse des automobilistes. Sur la neige, les démarrages et freinages sont plus doux, et la vitesse est réduite. Pour moi, c’est l’idéal. Je peux m’insérer dans le trafic et adopter le mode véhiculaire. En fait, je n’ai pas vraiment le choix, car dépasser par la droite signifie rouler dans plus de neige (c’est plus forcant), alors je dois attendre derrière les voitures à un feu rouge. Bref, j’aime les tempêtes de neige parce que vélos et voitures circulent à vitesse égale.

Par contre, pédaler dans la neige, c’est plus forcant. Un centimètre ou deux bien tapé, ça va, mais plus de 5 cm de neige « bardassée » ça commence à freiner le cycliste. Par neige bardassée je parle de cette neige écrasée par des dizaines de voitures et qui forme des sillons derrières les roues. Ces sillons sont d’ailleurs à éviter le plus possible parce qu’ils font dévier la direction. En tempête, je préfère donc rouler là où c’est bien tapé, et où je ne risque pas d’avoir des surprises: nids de poule, sillons, bosses de glace, etc.

Parlant de glace, les pneu à glace, ça marche. Je n’ai jamais dérapé. Je suis allé me pratiquer sur une patinoire fraîche, et j’ai une très bonne adhérence. Il faut seulement faire attention aux virages, qu’il faut prendre à basse vitesse. C’est vrai aussi sur la neige tapée, et j’ai acquis un certain contrôle du dérapage. Je prends maintenant plaisir à déraper, alors que l’hiver et l’automne derniers j’en avais peur. En revenant chez moi ce soir, après une bruine verglaçante, j’ai eu plus peur de tomber quand j’ai débarqué de mon vélo que lorsque je me pratiquais à vélo sur la glace la première fois.

Sur une note plus légère, quand je roule, je ne me prépare pas juste à tomber, mais aussi à me défendre verbalement si un automobiliste enragé tente de m’ôter de son chemin. Voici quelques phrases que j’ai employées ou que j’aimerais employer:

  • T’es pressé d’aller au gym? Je t’attends à la maison mon chéri!
  • Je n’ai pas pris mon Hummer aujourd’hui. Je t’ai laissé un peu d’essence à la pompe là-bas!
  • Tu vas être content, je t’ai laissé une place de stationnement près du travail!
  • Au fait, t’as l’intention de tuer combien de personnes aujourd’hui?

Rassurez-vous, la plupart du temps je ne fais que demander plus d’espace quand on me dépasse!

Fabian, comment a été ton hiver?


4 commentaires on “Sur la glace”

  1. Guillaume dit :

    vraiment intéressant !
    t’est vraiment rendu expérimenté quand tu peux nous décrire ça avec autant de détails

  2. Félix-Antoine dit :

    Intéressant, tout ces états d’âme.

    À l’opposé de messages plus fréquents, on a droit a une vue d’ensemble intéressante. Mais je vois que ce n’est pas par manque d’inspiration, mais par manque de temps. Je sens que tu aurais pu écrire plusieurs textes avec ces sujets, sur lesquels tu aurais pu élaborer 2x plus. Mais dans un seul texte condensé, ça aurait fait beaucoup.

    Le contenu est très intéressant, surtout pour ceux qui voudraient plonger dans l’aventure du vélo en hiver. Malheureusement pour moi, le vélo en hiver cadre mal avec mon type et lieu de travail. Ça prendrait une motivation énorme, et mes déplacements seraient inutilement longs. Ceci étant dit, j’ai très hâte à l’été pour aller travailler à vélo. En plus, j’ai accès à des douches au travail, ce qui n’est pas négligeable pendant les quelques semaines de canicules estivales.

    D’ici là, je reste au chaud dans le métro, isolé de tous côtés par la surpopulation « extrême » de ce mode de transport, surtout aux heures de pointes, et même pratiquement tout le temps en journée. Et pour la forme, il me reste la marche avec fiston ou le ski alpin!

  3. Sur le même sujet:
    Hello, blizzard. My bike shall defeat you
    Winnipeg’s blowing snow, monstrous potholes and glaring motorists won’t keep me from my daily thrill
    Je trouve que ceci résume bien ma motivation à aller travailler à vélo:
    I can’t say I totally understand why I do it either, but at this point I’ve become so addicted to the ride and such a slave to routine that I don’t even think of hopping on a bus or asking someone for a lift in their car.


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