Avancées de trottoir sur St-Zotique

M. Lavallée,

J’emprunte souvent la piste cyclable sur St-Zotique et j’ai pu voir la construction de deux avancées de trottoir: l’une près de la 5e avenue, l’autre en face du BMR près de la rue Des Écores.

Dans les deux cas, je me demande quelles sont les raisons qui ont poussé la ville à interrompre la piste cyclable de quelques kilomètres de long, forcant ses utilisateurs à se mêler au traffic automobile de façon innattendue et insécuritaire.

Il me semble qu’il aurait été plus judicieux de construire des ilôts afin de laisser la voie libre aux cyclistes, et requérant seulement de la part des piétions de traverser d’abord la piste cyclable pour atteindre l’ilôt, puis de traverser la rue en portant attention aux voitures.

À la place, la ville a créé une situation ridicule, particulìerement devant le BMR où il y a très souvent un véhicule stationné devant l’avancée de trottoir, forcant les cyclistes à se lancer dans la rue, au milieu des voitures, ou à emprunter le trottoir!

Voyez par vous-mêmes l’état de la situation ce matin:

Y a-t-il un nom à ce nouveau type d’aménagement formidable dont je n’ai jamais entendu parler?


158$ et trois points d’inaptitude

En revenant du travail vendredi soir, j’ai rencontré un automobiliste du type qui pense que les cyclistes n’ont pas leur place dans la rue. Du moins, il a une notion plutôt tordue de la sécurité routière.

Circulant sur Beaubien direction est, juste avant la rue St-Michel, il m’a d’abord dépassé en me frôlant. On me dépasse à distance variable, parfois en prenant complètement la voie à sens inverse, parfois en me laissant un mètre. Mais ce jour-là, c’est environ 50 centimètres que le monsieur me donne, nettement en-dessous de la confortable normale. Mais jusque là, rien de catastrophique.

Ça arrive assez régulièrement. Une fois sur deux, je rattrape l’automobiliste au prochain feu de circulation, et je tente de l’informer que sa conduite est dangeureuse. J’arrive de plus en plus à le faire calmement, pour autant qu’on ne m’insulte pas. À vélo, je peux me faufiler d’un côté ou de l’autre de la voiture, et je dis quelque chose comme: « Bonjour! La prochaine fois que vous dépassez un cycliste, pourriez-vous lui laisser un peu plus de place s’il-vous-plaît? »

Vendredi, j’ai attiré l’attention du chauffeur en faisant aller ma main, mais il n’a pas baissé sa fenêtre. Alors je récite ma phrase en criant, l’automobiliste me répondant par un coup d’accélérateur. Il n’alla pas bien loin puisque la voiture devant lui n’avait pas bougé. Il avait jeté les gants, ce qui me mit en colère et j’allai me placer dans la file, devant lui. Il patientera, ou il me passera sur le corps.

Au feu vert, le cortège de véhicules démarre (moi inclus), et pendant un moment il ne tente pas de me dépasser. Puis, au pire instant je m’apperçois qu’il tente la manoeuvre. La voie à sens inverse est densément peuplée, et s’il s’était déplacé de 5 centimètres plus à gauche, il aurait perdu son rétroviseur. À sa droite, je suis en mode survie. J’observe tout très attentivement, prêt à freiner ou à tourner pour me sortir de ce sandwich de tôle. Quand il a passé, je récite à voix haute sa plaque d’immatriculation.

La semaine dernière, j’ai traversé à un feu rouge. La chaussée était mouillée, ce qui rend bruyant le déplacement des automobiles. C’était le grand silence. La voie était libre, et j’ai traversé après m’être arrêté le pied à terre. Un policier m’a vu, et m’a averti que je pourrais avoir des points d’inaptitude sur mon permis de conduire.

J’étais un peu fâché, mais quand-même content que ça soit mon premier avertissement en 10 ans de cyclisme à Montréal. C’est avec cette amertume que j’ai récité sans cesse jusqu’à chez moi le numéro de la plaque d’immatriculation du chauffard qui avait tenté de me donner une leçon. J’ai appelé la police, qui m’a dit que je devais me présenter à un poste de quartier pour faire ma déposition, ce que j’ai fait immédiatement après.

Le monsieur, propriétaire du véhicule dans lequel se trouvait également deux ou trois passagers (sa femme et ses enfants, vraisemblablement), recevra par la poste un constat d’infraction, une amende de 158$ et trois points d’inaptitude. S’il conteste, il se peut que j’aille en cour donner ma version des faits. Je pourrai imprimer ce billet dans quelques mois pour me rafraîchir la mémoire.

Quoi qu’il arrive, mon petit doigt me dit qu’il va soigner sa conduite, et les rues de Montréal s’en trouveront plus sécuritaires.


Sur la glace

Mon billet précédent aura bientôt 4 mois, et je sens de la pression pour écrire ce nouveau billet. Des membres de ma famille m’ont souligné récemment que j’avais abandonné mon carnet. En réalité, j’ai beaucoup de choses à dire sur ce premier hiver à vélo. Ayant décidé de me concentrer sur un projet d’entreprise avec un ami, le carnet a pris le bord, comme on dit.

À la fin octobre, la grande majorité des cyclistes avait déjà disparu des rues, la température atteignant presque le point de congélation. Je constate que le nombre de cyclistes que je croise n’a pas diminué entre octobre et février.

Jusqu’à environ -5 Celcius, je porte des jeans, un polar et un coupe-vent, une tuque mince, et des petites mitaines à trois doigts. S’il pleut, j’enfile un pantalon de pluie, et les mitaines sont insuffisantes. Je gèle facilement des doigts, alors je préfère des grosses mitaines.

À la même température, parfois j’ai chaud aux mains, parfois j’ai froid. Je n’ai pas compris pourquoi. Ça ne semble pas lié à l’effort physique. Peut-être que c’est le vent? peut-être que c’est ma température corporelle au départ? Comme ça me prend habituellement 20 minutes me rendre au travail, je n’ai pas vraiment le temps d’avoir mal. Dès que j’ai mes grosses mitaines, je peux facilement me réchauffer le pouce en le joignant aux autres doigts pendant 2 minutes. Avec des gants, c’est plus difficile à faire et je dois m’arrêter pour faire un poing ou étendre mes doigts. L’hiver prochain, je vais peut-être me fabriquer un coupe-vent sur le guidon, pour protéger mes mains.

Quand je vais au centre-ville, je dois barrer mon vélo à l’extérieur, et je peux parfois me geler les doigts rapidement si je manipule la clef du cadenas à mains nues. D’ailleurs, cette clef est en train de casser, parce qu’avec mes mitaines, je manipule le cadenas en U pendant que la clef est dedans et je ne m’apperçoit pas que j’appuie dessus. Il faudrait que j’en fasse une copie! Je peux aussi me geler les doigts quand je barre mon vélo à l’intérieur, mais que je manipule mon cadenas congelé à main nues.

J’aime bien ce cadenas, et il fonctionne très bien depuis que j’ai huilé le barrillet. Ce qui fonctionne moins bien, c’est le câble flexible que je traîne avec moi, enroulé autour du cadenas en U. Ce câble possède une gaine en plastique flexible à température normale, mais qui devient très raide à -20 Celcius. Ça peut être fatiguant à utiliser, et à bien y penser, je ne devrais pas avoir peur du vol à -20…

À cette température, je dois mettre mes pantalons de pluie. Sous -20 Celcius, j’envisage ajouter un pantalon de polar, car mes genous ont froid et j’ai peur que ça me blesse, à la longue. Sous -5, je porte toujours des lunettes de ski, pour protéger mes yeux et une partie de mon visage. Le reste est protégé par un foulard en laine polaire. Au-dessus de -10 Celcius, je le porte sur le menton, et je le porte par-dessus la bouche en-dessous de cette température. J’avais acheté un masque troué avec une forme pour le nez, mais j’ai de la misère à respirer avec et comme je dois mettre les lunettes de ski par-dessus, ma respiration s’infiltre dans les lunettes et crée de la buée.

Sur la route, je suis bien visible. J’ai un clignotant arrière, mais surtout, des bretelles réfléchissantes. Je m’étais aussi acheté une veste réfléchissante pour vélo, mais elle était difficile à enfiler. À l’avant, j’ai un clignotant blanc à 5 DEL.

Comme l’été, je roule à 1,5 mètre des voitures stationnées, en ligne la plus droite possible. Si je peux circuler près du trottoir, je le fais à 1 mètre de celui-ci, et dès que je vois un obstacle, 20 à 30 mètres avant, je me déplace vers la gauche dès que possible pour prendre ma place dans la file de voitures. En me positionnant ainsi, j’empêche qu’un automobiliste me dépasse au moment où j’évite l’obstacle.

Si, inversement, je circule à gauche de voitures stationnées et que je rencontre une intersection où il n’y a plus de voitures, je continue habituellement sur une ligne droite pour ne pas avoir à me ré-insérer dangereusement dans la file de voiture après l’intersection. Parfois je dévie un peu vers la droite pour qu’on puisse me dépasser quand je me sens en sécurité, mais souvent je ne me tasse pas pour permettre à quelqu’un d’éviter par la droite un automobiliste qui vire à gauche.

Tout ça, ce n’est rien de spécifique à l’hiver, mais comme on me parle toujours de sécurité quand je parle de vélo l’hiver, ça reste dans le sujet. C’est certain que pour braver l’hiver, il faut avoir bravé l’été.

L’hiver change quand-même un peu ma conduite. L’automne dernier, nous avons eu droit à de la neige, puis de la pluie verglaçante qui a créé des plaques de glaces très épaisses. Rouler sur la glace avec mes pneus à clous n’est pas un problème, mais je ne veux pas rouler à l’intersection de l’asphalte et d’une croûte de 6 cm de glace! Mon pneu ne peut pas tenir en place et je risque de me casser la figure.

Les plaques de glace ont persité pendant un mois ou deux, mais elles se situaient dans la voie où les voitures se stationnent. En période de pointe, le stationnement est interdit d’un côté, le même que j’emprunte. Normalement, je roulerais dans cet espace, mais avec cette glace très inégale, j’ai dû rouler dans la voie de gauche, dans la file de voitures. Souvent, j’avais assez d’espace pour laisser les voitures me dépasser.

Dans les petites rues nord-sud, par contre, je ne laisse pas de place aux dépassements. Ce sont des sens-unique avec des voitures stationnées des deux côtés, et une seule voie libre pour circuler. Quand j’entends une voiture derrière moi, j’attends qu’elle soit à quelques mètres de moi avant de décider si je me tasse un peu pour la laisser passer tranquillement. Si je suis loin d’un feu de circulation, que je le vois tourner au vert, et qu’une voiture me suit, je m’arrête complètement sur le côté pour la laisser passer, par gentillesse. Autrement, en traversant l’intersection je me tasse à droite et je donne du temps aux voitures qui me suivaient pour passer devant moi.

Je suis étonné d’avoir reçu très peu de coups de klaxon pendant l’hiver. L’été, même si j’ai le même comportement, je reçoit un coup ou deux par semaine. J’aimerais bien comprendre.

Une différence importante entre l’été et l’hiver est la vitesse des automobilistes. Sur la neige, les démarrages et freinages sont plus doux, et la vitesse est réduite. Pour moi, c’est l’idéal. Je peux m’insérer dans le trafic et adopter le mode véhiculaire. En fait, je n’ai pas vraiment le choix, car dépasser par la droite signifie rouler dans plus de neige (c’est plus forcant), alors je dois attendre derrière les voitures à un feu rouge. Bref, j’aime les tempêtes de neige parce que vélos et voitures circulent à vitesse égale.

Par contre, pédaler dans la neige, c’est plus forcant. Un centimètre ou deux bien tapé, ça va, mais plus de 5 cm de neige « bardassée » ça commence à freiner le cycliste. Par neige bardassée je parle de cette neige écrasée par des dizaines de voitures et qui forme des sillons derrières les roues. Ces sillons sont d’ailleurs à éviter le plus possible parce qu’ils font dévier la direction. En tempête, je préfère donc rouler là où c’est bien tapé, et où je ne risque pas d’avoir des surprises: nids de poule, sillons, bosses de glace, etc.

Parlant de glace, les pneu à glace, ça marche. Je n’ai jamais dérapé. Je suis allé me pratiquer sur une patinoire fraîche, et j’ai une très bonne adhérence. Il faut seulement faire attention aux virages, qu’il faut prendre à basse vitesse. C’est vrai aussi sur la neige tapée, et j’ai acquis un certain contrôle du dérapage. Je prends maintenant plaisir à déraper, alors que l’hiver et l’automne derniers j’en avais peur. En revenant chez moi ce soir, après une bruine verglaçante, j’ai eu plus peur de tomber quand j’ai débarqué de mon vélo que lorsque je me pratiquais à vélo sur la glace la première fois.

Sur une note plus légère, quand je roule, je ne me prépare pas juste à tomber, mais aussi à me défendre verbalement si un automobiliste enragé tente de m’ôter de son chemin. Voici quelques phrases que j’ai employées ou que j’aimerais employer:

  • T’es pressé d’aller au gym? Je t’attends à la maison mon chéri!
  • Je n’ai pas pris mon Hummer aujourd’hui. Je t’ai laissé un peu d’essence à la pompe là-bas!
  • Tu vas être content, je t’ai laissé une place de stationnement près du travail!
  • Au fait, t’as l’intention de tuer combien de personnes aujourd’hui?

Rassurez-vous, la plupart du temps je ne fais que demander plus d’espace quand on me dépasse!

Fabian, comment a été ton hiver?


La température diminue

Il fallait s’y attendre, puisque l’hiver approche, et à la latitude de Montréal, l’hiver est froid. L’effet est terrible sur la majorité des cyclistes, qui se convertissent en utilisateurs du transport en commun, de la marche, ou de la voiture. Lorsqu’en plus la pluie se mêle à la partie, les pistes cyclables et les rues se vident de leurs cylistes.

Mais il en reste, et pas un petit nombre. Bien au chaud sous mon imperméable et ma laine polaire, j’avance vers ma destination à la même vitesse que cet été, et avec autant de plaisir. Même que je ne suis pas le seul à vouloir continuer à me déplacer à vélo cet hiver.

Il faut simplement prendre une minute de plus pour bien s’habiller avant de partir, car comme dit le proverbe: Il n’y a pas de mauvaise météo, seulement de mauvais vêtements!


La « piste » cyclable St-Zotique (encore)

Lettre envoyée aux élus de Rosemont-La-Petite-Patrie ce matin:

Bonjour,

J’utilise mon vélo pour aller reconduire ma fille de 10 mois à la garderie, et pour aller au travail. J’emprunte la piste cyclable sur St-Zotique de Pie-IX à Boyer.

Je suis toujours désolé de voir la piste se terminer à la Rue de Bordeaux. Je vous ai déjà rapporté l’état déplorable de la chaussée sur St-Zotique, mais ce n’est pas la raison de ce courriel aujourd’hui.

Dans l’espace restreint sur St-Zotique, entre Christophe-Colomb et Boyer, la chaussée est non seulement criblée de trous, mais elle est moins large qu’ailleurs. Étant donné qu’il y a des voitures stationnées, il reste à peine d’espace pour une voiture.

Ce matin, un automobiliste a pogné les nerfs alors que j’avancais dans cet étroit couloir, et a tenté de me dépasser par la gauche, dans la voie à contresens, au moment où j’amorçais mon virage à gauche pour prendre la piste cyclable sur Boyer. Ce que j’ai eu pour réponse: « Décriss de là! ». J’étais pourtant sur un tronçon d’une « piste cyclable »!

Serait-il trop demander d’interdire EN TOUT TEMPS le stationnement sur St-Zotique entre Christophe-Colomb et Boyer? Il me semble que ça sécuriserait beaucoup l’accès à la piste cyclable.

Espérons que l’automobiliste n’est pas arrivé en retard au travail à cause de moi.


Ma petite routine

Je fais partie des 5000 contributeurs d’OpenStreetMap qui ajoutent 25 000 kilomètres de routes chaque jour. J’expose ici comment mes contributions s’intègrent à ma routine quotidienne.

Ma fille réveille ma blonde, qui me réveille. Je m’habille, je déjeune, et je sors de la maison. Je met l’interrupteur de mon GPS bluetooth en marche, je lance Mobile Trail Explorer sur mon téléphone cellulaire, et je démarre mon enregistreuse vocale.

J’enfourche mon vélo et je pars pour le bureau. Je récite à voix haute le nom des rues que je croise, l’emplacement des boîtes à lettres, des supports à vélo, des cabines téléphoniques, arrêts d’autobus et autres points d’intérêt.

Le soir, je télécharge la trace GPS et l’enregistrement sur mon ordinateur. J’envoie le fichier GPX à OpenStreetMap, et j’ouvre JOSM pour écouter mon enregistrement et retranscrire ce que j’ai noté verbalement, ceci grâce à l’Audio Mapping de JOSM.

Après deux semaines, la carte OpenStreetMap de mon quartier est presque complète. Je commence à être bien préparé pour le Mapping Party en septembre!


Passez le test

The Safety is Sexy Campaign


Traverser une intersection sans y rester

Comme un rat, le cycliste doit se faufiler dans la ville sans se faire écraser. Pour y arriver, il y a plusieurs trucs, un grand nombre étant répertoriés dans The Art of Urban Cycling. Ce matin, arrivé à destination sain et sauf et traversant la rue à pied, j’ai réalisé que j’étais utile au cycliste qui traversait à côté de moi.

Lorsqu’on approche une intersection à vélo, on ne peut pas voir si des voitures approchent sur la rue transversale. Il y a cependant quelques indices qui peuvent souvent nous permettre de traverser presque sans perte de vitesse. S’il y a des piétons qui traversent tranquillement, c’est bon signe, pour autant qu’ils soient dans le milieu d’une voie lorsque vous y serez aussi.

On peut aussi utiliser d’autres cyclistes, des voitures, camions et autobus. Mais attention! C’est un jeu risqué, car si vous allez plus lentement que l’autobus, une voiture pourrait passer derrière celui-ci et oh! surprise, un cycliste!

Il y a certaines situations où c’est l’inverse: traverser une intersection en même temps qu’un autre véhicule pourrait vous sauver la vie. Je pense aux intersections achalandées et rapides où plusieurs automobilistes aiment prolonger le feu jaune un peu trop longtemps. Le feu vire à vert pour vous, mais vous êtes inquiet. Mais heureusement, si une voiture s’engage en même temps que vous à votre gauche, elle devient un bouclier!

Qu’en pensez-vous? Est-ce réellement plus sécuritaire?


La place du vélo dans la culture Néerlandaise

La place du vélo dans la culture néerlandaise

On dit que les voyages forment la jeunesse, mais étant donné le nombre d’adultes qui voyagent, il y a certainement plus que ça. Benoit Dumas, conseiller d’orientation au Collège Lionel-Groulx, écrit:

« L’étude qualitative qui a été menée en 1999 avait permis de saisir qu’une période significative hors d’un contexte familier amène des réflexions, des prises de conscience qui permettent aux voyageurs de revoir certains aspects de leur vie. Certains voyageurs sont plus drastiques et radicalisent leur mode de vie (d’un côté ou de l’autre!), mais plusieurs font le bilan du pour et du contre des situations vécues et arrivent à des points de vue plus nuancés. »

Quand Arnaud Rousseaux a déménagé pour un an dans les Pays-Bas, il s’est immergé dans la culture néerlandaise, « traversant différentes composantes des journées, saisons, lieux et cultures, afin de recueillir des données issues d’observations et entretiens ». Je tente ici de résumer son livre, en utilisant plusieurs extraits. C’est un livre qui se lit très rapidement, car il est rempli de photos, une image vallant mille mots…

La place actuelle du vélo dans la société néerlandaise est le résultat d’une volonté politique de faire face à la saturation des voies de circulation dès les années 70. L’état néerlandais a, entre autres, choisi d’encourager le déplacement urbain à vélo. Ce choix peut se comprendre puisque, selon une étude de la Direction Générale des Transports de la Commission Européenne, en une heure et sur une largeur de 3,50 mètres peuvent passer 22 000 personnes en tramway, 19 000 à pied, 14 000 en vélo, 9 000 en autobus et seulement 2 000 en voiture.

L’auteur note que bien que coûteux, le principe de ségrégation des trafics, séparation matérielle des espaces dédiés à chaque moyen de mobilité, est un des éléments primordiaux du succès remporté par le vélo dans les villes néerlandaises. De plus, « si les Pays-Bas ont fait le choix de limiter la vitesse et l’accessibilité des voitures en ville, des « rings », routes périphériques, permettent de la contourner à grande vitesse.

Bike parking at Amsterdam Centraal

Le « fietsflat » à la gare centrale d’Amserdam contient 10 000 vélos, et l’ancien (5 000 vélos) sert toujours…

À Groningue, 87% des jeunes se rendent à l’école à vélo, contre 4% au Havre (J. M. Michot, 2001). Vers 7 ans les enfants commencent à se déplacer seuls à vélo pour de courts trajets, comme aller à l’école ou rendre visite à un ami. Se déplacer à vélo semble tout à fait naturel à cette petite fille de 10 ans, Gerda, qui confère un caractère plus exceptionnel au transport en voiture. Les règles de sécurité sont transmises par les parents mais également par l’école.

Toute la population baigne dans cette culture. Les personnes agées préfèrent parfois des vélos adaptés, tels les tricycles, ou les vélos électriques. Et comme au Québec, il y a parfois de la neige à Groningue. D’accord, il n’y fait pas aussi froid, mais la météo est responsable pour beaucoup de chutes. Pourtant, le flot de vélos ne désemplit pas, et beaucoup confient de bons souvenirs d’enfance relatifs au vélo et à la neige.

Il y a des élus qui ont plus de vision que d’autres. À Montréal, en 2009, je voterai Projet Montréal!

Je me suis procuré un exemplaire de ce livre chez Lulu.


La liberté de circuler

La liberté de circuler - Pour en finir avec le mythe de l’automobile

Je viens de terminer ma lecture du livre La liberté de circuler – Pour en finir avec le mythe de l’automobile, par Colin Ward, né en 1924, écrivain anglais, journaliste free-lance collaborateur de la presse libertaire anglo-saxonne. Voici ce qu’on peut lire au dos du livre:

Le XXIe siècle nous permettra-t-il d’échapper à l’ère automobile que fut le XXe siècle ? L’automobile a fait son apparition en tant qu’amusement réservé aux riches et condamné par les gens ordinaires comme une arme mortelle lâchée dans les rues. A mesure qu’on avançait dans le siècle, elle en est venue à apparaître comme une nécessité pour toutes les familles, à détruire la viabilité économique d’autres moyens de déplacement, à transformer l’environnement, et les victimes qu’elle faisait parmi les autres utilisateurs de la route étaient de plus en plus considérées comme responsables de leur propre vulnérabilité. D’immenses industries se sont créées autour de ses besoins.

Les idées des gens peuvent changer, mais il est beaucoup plus difficile de changer leurs habitudes. Pourtant, ce sont des millions de décisions individuelles qui ont mené à notre esclavage vis-à-vis de l’automobile. Est-il possible que des millions de choix individuels nous en libèrent ?

Colin Ward défend depuis de nombreuses années le principe des transports en communs gratuits dans les villes, l’arrêt de la construction des autoroutes, l’investissement dans les chemins de fer et les taxis collectifs comme ce qui s’ébauche aujourd’hui en Suisse et en Hollande.

Voici quelques phrases tirées du livre qui résument, selon moi, chacun des chapitres.

1. Voyageurs solitaires ou chemin de fer?

Le moteur à combustion interne était une invention en attente d’inventeur. Lorsqu’on s’apperçut des conséquences néfastes pour l’environnement de la prolifération de l’automobile, un nombre considérable de gens étaient déjà devenus totalement dépendants. On ne peut pas la désinventer. L’idée que la fin de l’ère automobile puisse arriver par l’épuisement des carburants est une illusion.

Ceux qui utilisent la voiture ont une totale liberté de choix, mais cette liberté est limitée en pratique par le fait que des millions d’autres personnes exercent cette même liberté en même temps. La voiture représente donc le summum de la décentralisation et le comble de l’absurdité.

2. Mais pourquoi les gens ne restent-ils pas chez eux?

Le lent déclin des canaux a commencé avec l’ère du rail, car c’était souvent les mêmes groupes d’investisseurs qui s’intéressaient au chemin de fer. Les routes elle-mêmes furent abandonnées aux pauvres, aux vagabonds, aux petits déplacements et aux transports locaux. Cependant, le Parlement commença à soumettre l’octroi des licences d’exploitation à un certain nombre de conditions. L’une de ces conditions était que la compagnie de chemins de fer devait fonctionner comme une « voie publique », c’est-à-dire accepter toutes les marchandises pour quelque destination que ce soit et assurer la livraison au destinataire final par voiture à cheval. L’arrivée de la gare transforma la vie villageoise.

Le véritable coût du transport routier n’apparaît pas. Depuis quand le tant vanté « point de vue du marché » suppose-t-il que le consommateur d’un bien ou d’un service paie moins pour un produit qui coûte plus cher? Contrairement à ce qu’essaie de faire croire le lobby de l’automobile, un grand nombre d’automobilistes ne sont pas des conducteurs volontaires. Ils considèrent la voiture comme une nécessité coûteuse et regrettable.

3. Le contre-courant individualiste

Une planification globale – c’est-à-dire qui tenterait de maximiser les avantages de l’automobile en conciliant par une politique volontariste les besoins et les ressources – demeurait impossible. Après soixante et quelques années d’une politique essentiellement de laisser-faire dans le domaine de l’automobile, toute tentative de mettre en place une politique active, quels que fussent ses objectifs, risquait d’être critiquée comme « anti »-automobile. Les gouvernements successifs trouvèrent plus commode de ne pas afficher des idées de ce genre, même s’ils étaient parfois amenés à les mettre en pratique. (William Plowden, The Motor Car and Politics in Britain, 1971.)

4. Le coût humain de la liberté de circuler

Aux États-Unis, le nombre d’individus morts sur la route entre 1913 et 1976 est plus du triple de celui des américains tués dans l’ensemble des guerres auxquelles ce pays a dû participer. Enfants, parents, chefs de famille sont frappés indistinctement, tués, mutilés, blessés ou pour le moins traumatisés. Pour chacun de ces accidents qui font deux ou trois lignes dans les journaux, c’est ensuite toute une histoire vécue dans un quaisi-silence, peut-être des années de souffrance, de peine et de deuil.

5. Le coût pour l’environnement

Ceux qui se sont le plus servis de l’analyse coût-avantage sont les investisseurs publics dans les équipements de transport: autoroutes, ports maritimes et aéroports, routes et voies ferrées les reliant. Or, ils remarquent à peine le dixième des conséquences de leurs projets pour la société. Par exemple, ils remarquent rarement les effets qu’aura la construction d’une route sur les circuits empruntés par les piétons, et ils ne savent donc pas quel territoire demeurera libre et sans danger pour les enfants de tous âges, comment la modification des règles de sécurité et des contraintes affectera les relations des parents et des enfants, leur liberté, leurs peurs, etc. (Hugh Stretton, Urban Planning in Rich and Poor Countries, 1978.)

6. Le coût énergétique de la liberté de circuler

La charge moyenne en passagers des automobiles qui circulent dans nos rues est certainement bien inférieure à deux personnes, ce qui, en termes de charge transportée, signifie qu’il faut près de 10 m3 de véhicule, soit plus d’une tonne, pour transporter 1 m3 d’humanité pesant environ 100kg, ce qui fait un rapport de 1 à 10 en poids et de 1 à 100 en volume. D’un point de vue économique, cette situation est parfaitement ridicule, et je me refuse à croire qu’elle puisse s’éterniser. (Sir Herbert Manzoni s’adressant au Royal Institute of British Architects en mars 1958.)

7. Une administration qui déraille

La passion des chemins de fer a quelque chose de dangereux, car on tombe facilement dans le piège de la nostalgie. C’est un danger pour différentes raisons, la principale étant que, dans les années 1990, nous devrions penser à l’avenir du chemin de fer plutôt qu’à son passé romantique.

L’auteur discute ici des chemins de fer de la Grande-Bretagne, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale, où le gouvernement a nationalisé les chemins de fer.

8. Des trains pour tous

Si l’on prenait la décision de faire fonctionner les chemins de fer comme un service social, qui n’aurait donc pas l’obligation de s’autofinancer […] la solution logique sera de limiter nos services aux domaines où le rail a le meilleur rendement par rapport à son coût réel, alors que si nous fonctionnons comme un service commercial, nous devrons limiter nos services aux domaines où le rail semble poivoir assurer le meilleur rendement par rapport […] au prix de revient. (Discours de Richard Bleeching à des fonctionnaires du syndicat des cheminots en 1964.)

Il n’était pas rare qu’on propose des lignes à la fermeture en calculant les coûts du service avec les locomotives à vapeur alors que celles-ci avaient été pour la plupart remplacées par des locomotives diesel. Ces lignes se voyaient refuser des locomotives diesel parce qu’on craignait que cela n’affaiblît son dossier de candidature à la fermeture.

Si le réseau ferré joue un rôle important, c’est précisément parce qu’il est un réseau, parce qu’il est plus que la somme de ses parties.

9. Des marchandises qui pèsent lourd

Il serait souhaitable que le transport de marchandise puisse être transféré de la route au rail. […] Des voies urbaines délivrées ddes embouteillages, des camions plus sliencieux [et plus légers]. À l’époque, toute tentative de mettre en place une politique saine était vouée à l’échec dès le départ, parce qu’on était persuadé qu’il fallait rendre les chemins de fer rentables. Depuis, on a commencé à s’apercevoir que la route non plus ne « payait » pas. (Terence Bendixson, Instead of Cars, 1974.)

10. Les gondoles du peuple

À partir des années 1930, General Motors […] constitua une filiale, United Cities Motor Transit, dont la seule fonction, selon l’enquête faite par la suite par une commission judiciaire sénatoriale (93e congrès, 2e session de 1974), « était de racheter les compagnies de tramways, de les convertir en services d’autobus, puis de revendre le tout à des entreprises qui étaient d’accord pour acheter ensuite des autobus GM. » Dès 1949, GM avait réussi à faire fermer plus d’une centaine de réseaux de tramways grâce à des pressions économiques ou politiques. (Bradford Snell, American Ground Transportation, session sénatoriale de février 1974.)

11. Pourrions-nous voyager autrement?

On peut considérer que les attitudes concernant le rôle des transports en commun oscillent entre deux extrêmes. Selon le premier, on doit les considérer comme un service public dont l’amélioration et l’extension ne sont limitées que par la concurrence avec la demande de services dans d’autres domaines, le financement par les usagers étant d’importance mineure ou pouvant être complètement supprimé. Le point de vue opposé les considère comme un service dont les usagers doivent être prêts à payer le coût économique. (The Future of London Transport, Greater London Council, 1970.)

12. Des villes sans voitures

Interrogé en 1970 à propos de la façon dont les retrictions imposées à la circulation dans les grandes artères amenaient les automobilistes à utiliser les rues résidentielles adjacentes dans une véritable « course au rat » pour atteindre coûte que coûte leur destination, Buchanan répondit que les gens qui habitaient là devraient « mettre des sacs de sable en travers de quelques rues pour voir ce que ça donne! ».

Le guide American Express signale à l’attention des touristes incrédules: « Il ne faut même pas songer à rouler en voiture à Amsterdam […]. Les gens de tous âges prennent leur bicyclette, quel que soit le temps, pour aller à leur travail, faire leurs courses, transporter leurs enfants et promener le chien.

Les villes européennes on fait beaucoup plus que les villes britaniques pour rendre le rôle principal au citadin, après l’avoir soumis pendant des décennies à l’automobiliste.

13. Les moyens d’en sortir

Nous devons reconquérir notre indépendance vis-à-vis de l’automobile. Et, dans une société dominée par un pouvoir central, cela ne peut se faire qu’à travers des politiques agissant sur les tarifs pour inciter les gens à revenir vers des transports en commun améliorés. L’autre possibilité, qui serait d’agir sur les taxes affectant les automobiles et les carburants ou de mettre en place des dispositifs complexes de péage sur les routes, ne ferait que pénaliser les pauvres, laissant la route aux riches, aux m’as-tu-vu et à ceux qui voyagent tous frais payés.


Ce livre, écrit il y a 15 ans, soit en 1993, est encore d’actualité. (Il fait contraste avec la majorité des livres parlant d’informatique 😉 La coalition contre l’autoroute Notre-Dame et les critiques du pont de l’autoroute 25 sont aujourd’hui les représentants de ce courant d’idées qui réclamment des rues plus sûres et plus paisibles.